L'Île d'Hispaniola avant 1492
Avant l'arrivée des Européens, l'île que nous appelons aujourd'hui Hispaniola était habitée par les Taïnos, un peuple amérindien appartenant au groupe linguistique arawak. Ils l'appelaient Ayiti (« terre montagneuse »), Quisqueya (« mère de toutes les terres ») ou Bohio (« la grande maison »). La population taïno au moment du contact européen est estimée entre 300 000 et plusieurs millions d'individus, selon les historiens.
La société taïno était organisée en chefferies (cacicazgos), chacune dirigée par un chef appelé cacique. Il existait cinq grandes chefferies à Hispaniola : Marién, Maguá, Maguana, Xaragua et Higüey. La chefferie de Xaragua, dans l'ouest de l'île, était réputée pour sa richesse culturelle et la sophistication de sa langue et de ses danses, les areítos.
L'économie taïno reposait principalement sur l'agriculture. La culture du manioc, dont ils tiraient le cassave (pain plat), était fondamentale. Ils cultivaient également le maïs, la patate douce, le piment, les haricots et le tabac. La pêche et la chasse complétaient leur alimentation. Leur mode de vie, en harmonie avec la nature insulaire, avait façonné une civilisation équilibrée et prospère sur des millénaires.
La religion taïno était animiste et polythéiste, centrée sur les zemís — des esprits ou dieux représentés par des idoles sculptées dans la pierre, le bois ou les os. Le chamane, ou behike, jouait un rôle central dans les cérémonies religieuses et la médecine. Les Taïnos avaient développé des pratiques astronomiques et un calendrier basé sur les cycles lunaires, démontrant une connaissance sophistiquée de la nature.
La rencontre entre les Taïnos et les Européens en 1492 allait radicalement et tragiquement transformer cette société. En l'espace de quelques décennies, la population taïno fut pratiquement exterminée par les maladies importées d'Europe (variole, typhus, grippe) contre lesquelles ils n'avaient aucune immunité, par le travail forcé dans les mines d'or, et par la violence de la conquête. C'est l'un des génocides les plus rapides et les plus dévastateurs de l'histoire humaine.